PARTICIPE FUTUR S'ENGAGE POUR LA CONSERVATION MARINE A TRAVERS LA RECHERCHE, L'EDUCATION ET LA SENSIBILISATION

Le 21 janvier dernier, un pêcheur turc s’est retrouvé entouré par un groupe de pseudorques (ou fausses orques) alors qu’il remontait sa ligne dans le nord de la mer Egée. Celui-ci a alors eu 2 bons réflexes : le premier, de filmer les animaux sans les déranger (bon dans ce cas précis, les pseudorques étaient attirées par les calmars utilisés comme appâts sur les lignes et donc peu farouches) et le deuxième, de contacter les scientifiques locaux dès son retour.

Il s’agit de la première observation d’un groupe de pseudorques (Pseudorca crassidens pour les intimes) en Méditerranée depuis 28 ans ! En outre, il s’agit de l’observation la plus septentrionale en mer Egée).

pseudorque 

Il n’existe pas de population de pseudorque dans le bassin méditerranéen. On suppose que les individus observés proviennent soit de l’Atlantique, soit (et c’est probablement le cas pour cette observation) de la Mer Rouge. Voici donc des individus lessespsiens, c’est-à-dire qu’ils ont traversé le canal de Suez (dessiné par Ferdinand de Lesseps), une des voies navigables les empruntées au monde !

Les espèces invasives et envahissantes sont l’une des principales menaces qui pèsent sur la biodiversité mondiale. En Méditerranée, le réchauffement régulier de l’eau favorise depuis plusieurs décennies la colonisation par des espèces lessepsiennes invasives, voire envahissantes, au détriment des espèces locales. Il est très peu probable que cela soit le cas pour les pseudorques. Pour autant, il est impossible de savoir si ce groupe n’est là que de manière temporaire ou s’il a décidé d’élire domicile en Méditerranée.

Pourquoi est-il important de signaler ses observations ?

Pêcheurs, plaisanciers, marins, plongeurs, civils ou militaires, il y a quantité de gens qui passent beaucoup plus de temps en mer que les scientifiques. Toutes les informations qui peuvent être transmises participent à une meilleure connaissance des individus et des populations, connaissances qui sont très superficielles pour des espèces discrètes et difficilement observables comme les grands vertébrés marins. Les sciences participatives permettent aujourd’hui à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice de la connaissance et de la préservation. Les applis et les programmes de signalement de biodiversité sont légions.

Pourquoi les images sont-elles importantes ?

De nature, le scientifique est déscartien (oui j’ai dû vérifier sur internet que cet adjectif existait bien) : il doute, ce qui lui permet d’être. Il lui faut des preuves pour qu’il puisse certifier une information, a fortiori lorsque celle-ci sort de l’ordinaire et qu’elle provient d’une personne dont les compétences naturalistes ne sont pas solides. Dans le cas présent, la pseudorque partage de nombreuses similitudes anatomiques avec une autre espèce qui, elle, réside en Méditerranée. Non, je ne vous dirai pas laquelle, mais allez jeter un œil à notre typologie en haut de cette page après avoir vu la vidéo (lien en fin d’article), et vous trouverez vite. La véracité de l’information peut être mise en doute, car l’erreur est humaine et peut être commise en toute bonne-foi (même les plus grands naturalistes se trompent).

D’ailleurs, les cétacés de Méditerranée ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de tendre des pièges aux observateurs novices : le dauphin commun n’est pas commun, le grand dauphin est le plus le connu, mais pas le plus commun, puisqu’il s’agit du dauphin bleu et blanc. Le cachalot à une bosse, mais n’est pas une baleine à bosse, et la baleine à bec de Cuvier n’est pas une baleine. Quant au marsouin, il est présent en Atlantique, en mer Noire, mais pas en Méditerranée ! Ainsi, les images sont souvent indispensables pour confirmer une identification d’espèce.

Maintenant que vous avez cette idée bien en tête, je sors les panneaux « Attention Danger », les gyrophares rouges à rendre un phasme épileptique et les sirènes (pas celles d’Ulysse, les autres). Si prendre des images peut être utile, il est très très très très (je pourrais continuer longtemps mais j’ai un nombre de mots limités pour cet article) fortement déconseillé d’approcher volontairement les animaux et de risquer de les déranger pour prendre des photos, des selfies ou des vidéos (votre compte Insta s’en passera), même avec la meilleure des intentions.

Sachez que dans les eaux sous juridiction française, toute perturbation intentionnelle des cétacés est punie par la loi. En cas de rencontre magique avec ces animaux, nous vous exhortons donc à suivre le Code de Bonne Conduite du Sanctuaire Pelagos (lien en fin d’article). Le moment n’en sera que plus beau, croyez-nous sur parole !

Jérôme Couvat - 23 mai 2020

Source : Dede, A., et al. (2020). "First sighting of false killer whales (Pseudorca crassidens) in the northern Aegean Sea." Journal of the Black Sea/Mediterranean Environment 26(1): 106-111.

Lien vers l’article (pdf en anglais et en turc) : http://blackmeditjournal.org/wp-content/uploads/8-20201_106-111.pdf

Lien vers la vidéo : https://youtu.be/hsiptMseBvg

Lien vers le Code de Bonne Conduite du Sanctuaire Pelagos : https://www.sanctuaire-pelagos.org/fr/sensibilisation/code-de-bonne-conduite

Nous savions que l’humain était responsable de la propagation de nombreuses espèces invasives, mais le voilà également coupable de la propagation d’un cancer contagieux chez les moules…

moules

Si un cancer peut se propager dans un organisme, il n’est pas pour autant contagieux. Il y a malheureusement quelques exceptions à cette règle. Chez les diables de Tasmanie, les chiens et les mollusques bivalves, la maladie peut se propager à d'autres membres de la même espèce. Chez ces animaux, le cancer d'un individu a développé la capacité de se propager dans toute la population. Ces cellules cancéreuses infectent les individus comme un parasite.

Une étude menée par Michaël Metzger du Pacific Northwest Research Institute de Seattle a permis de retracer l’origine des néoplasies (cancers) affectant des populations géographiquement éloignées de deux espèces de moules (Mytilus chilensis - Amérique du Sud et Mytilus edulis - Europe) grâce à des analyses génétiques. De façon inattendue, les cancers de M. chilensis et M. edulis sont presque identiques, montrant que la même lignée de cancer affecte les deux. Ainsi, une seule lignée cancéreuse transmissible a traversé les océans Atlantique et Pacifique et les hémisphères Nord et Sud.

Les moules n’étant pas les plus grands migrateurs connus, comment un tel phénomène a pu avoir lieu ? Pour les biologistes aucun doute possible, tout vient de l’Homme, des moules infectées auraient été transportées sur des navires de transport international. 

Laura Raimondeau - 14 mai 2020

Source : Marisa A Yonemitsu et al. A single clonal lineage of transmissible cancer identified in two marine mussel species in South America and Europe. eLife 2019;8:e47788 DOI: 10.7554/eLife.47788

En Juin 2016, après 2 mois de stages « Voile et Découverte » dans l’archipel des Açores, Alcyon doit reprendre le large, cap sur St Mandrier, Port Pin Rolland via Gibraltar. Nous disposons de 4 semaines pour cette route retour.

La plus grande étape est Sao Miguel à Gibraltar, traversée estimée à une dizaine de jours de navigation. Alcyon compte à son bord 5 équipiers : Caroline, Michel, Jean Pierre, Victor et leur chef de bord : Camille.

Il y a déjà 4 ans, je me souviens :

avant le départ

Une journée (tout de même) de visite des alentours du Port de Ponta Delgada, et nous nous apprêtons à dire au revoir aux Açores. 

Dernier petit déjeuner à l’aube dans le port, la vaisselle est faite puis rangée, les seaux attachés, les tauds de voiles enlevés, les pentanodes remontées à bord, le moteur démarré… « larguez les amarres !! » Nous rangeons les pare battages à la sortie du port puis.. « hissez !! » Nous voilà partis, au portant sous Grand Yankee et voile d'Artimon, nous stoppons le moteur ! Au revoir Azores !.

Nous ne pouvons évidemment pas tous dormir durant la nuit, l’océan est grand, mais nous ne sommes pas les seuls à l’emprunter ! De plus il faut du monde sur le pont pour manoeuvrer Alcyon qui avance bien, tant que le vent le permet.Trois groupes sont formés par notre capitaine : Caroline / Jean Pierre, Jean Michel / Victor, et… Camille et sa frontale rouge ! Nos trois binômes se partageront ainsi des quarts de 3 heures de jour comme de nuit.

A Midi, top !! les quarts démarrent, les côtes ne sont plus en vue, nous voilà partis pour de bon !!

Très vite la notion du temps change complètement. Le jour que nous sommes ou l’heure qu’il est n’ont plus d’importance. Alcyon nous arrache à cette course contre la montre du plancher des vaches, et quel plaisir !! 

Quart de "corvée de patates" corvée de patates

Un nouveau rythme s’installe, l'équipage complet se reforme aux heures des repas, rare moment où nous sommes tous réunis sur le pont. Bonne humeur et bienveillance seront au rendez-vous, tout au long de notre navigation.

Les quarts s’enchaînent mais leur roulement nous offre un spectacle différent chaque jour, un coup à 21 heures un coup à minuit, un coup à 3 heures et ainsi de suite… Nous pouvons ainsi observer, soit un coucher de soleil, soit un ciel étoilé que peu ont la possibilité de contempler, ou encore une aube qui, par pétole et mer d’huile, vous enveloppe de son calme : aucun arbre dont le bruissement des feuilles attire votre attention, pas de chants d’oiseaux au réveil, pas d’insectes (hormis quelques éventuels passagers clandestins !) aucun relief ne se dessine à l’horizon, il n’y a probablement qu’en mer où le jour point aussi discrètement. Et c’est dans le plus grand silence à notre tour que nous profitons de cet instant, comme par peur de déranger l'univers qui se réveille (mais aussi parce que les autres dorment à quelques mètres de là..).

Puis un autre soir, c’est un grain qui nous accueille sur le pont à notre prise de quart. La gîte, le bruit du vent, la pluie et les lames qui inondent parfois le cockpit, nous dévoilent un tout nouveau paysage, qui donne l’impression d’avoir changé d'univers, nous ne manquons pas de garder une main pour le bateau ! Alcyon lui, ne bronche pas, il suit sa route, au rythme de la houle dans un balancement régulier, tranquille (à condition de tenir la barre ferme!).

Mais dans ce désordre apparent (à nos yeux) s’installe, comme une routine, et si dans une manoeuvre qui dure un peu, une lame nous surprend, c’est le sourire aux lèvres que l’on croise le regard d’un camarade, comme victime d’une farce venant de la Mer. 

Puis voilà la relève, fin du quart ! C’est dans un plaisir presque enfantin que nous gagnons nos bannettes et que nous nous blottissons contre Alcyon qui poursuit sa route…tranquille…

En route nous croisons un voilier et en profitons pour lui demander si il a une météo plus "fraîche" que la nôtre :

- «Here Alcyon, where are you from ? Do you have a recent weather forecast ?»

- «Mais vous êtes Français ?! Oui, on vous donne ça ! »

démasqués !! Après quelques échanges et avoir bien ri, nous voilà avec un bulletin météo plus actualisé !!

Nous continuons notre route, puis au bout de quelques jours…Terre !! ça y est, nous voilà en vue des côtes de Gibraltar, fin de notre première, et plus grosse étape de ce trajet de retour, et déjà des souvenirs plein la tête qui me suivront assurément toute ma vie.

Victor Puaud – 12 mai 2020

 

Si vous deviez vous mettre dans la peau d’un biologiste marin étudiant les cétacés, vous vous imagineriez sans doute à l’avant d’un voilier voguant sur des eaux turquoise, la brise marine dans les cheveux, la chaleur du soleil sur votre peau, observant aux jumelles le ballet aérien des baleines, le tout escorté par un groupe de dauphins venus nager sous vos pieds. Normal, cette vision d’Epinal du métier est beaucoup plus vendeuse pour les réalisateurs de documentaires qu’un bonhomme au teint pâle, les cheveux hirsutes et les traits tirés vissé sur sa chaise devant son ordi à monter des dossiers de subventions ou à tenter de donner un sens à des colonnes de chiffres 12h par jour (et oui, un cliché peut en cacher un autre). Mais si certains veulent embrasser la cause (et vous y êtes plus qu’encouragés), sachez qu’il faut parfois savoir mettre les mains dans le cambouis. Etudier les cétacés, ça peut aussi vouloir dire ouvrir une carcasse de cachalot échoué pour aller récupérer l’estomac (entre autres) puis, de retour au laboratoire, fouiller la panse du géant les yeux grands ouverts (et les narines bien fermées !) à la recherche de traces de ses derniers repas pour avoir une idée de son régime alimentaire.

C’est précisément la tâche à laquelle s’est attelé Ilias Foskolos et ses collègues du Pelagos Cetacean Research Institute en Grèce, dont les résultats ont été récemment publiés dans la revue Deep-Sea Research. Les chercheurs grecs ont analysé les contenus stomacaux de 9 cachalots retrouvés échoués entre 2004 et 2015 le long des côtes grecques. Ces informations sont extrêmement importantes car il est impossible de suivre le cachalot dans ses plongées abyssales pour observer de quelles proies il se nourrit. C’est donc le seul moyen de savoir de quoi ce prédateur supérieur se sustente. Et les opportunités sont rares (heureusement). Jusqu’à présent, seuls 2 contenus stomacaux de cachalot avaient pu être analysés en Méditerranée.

cephalo

Foskolos et son équipe ont pu identifier plus de 28 000 restes de proies (soit plus de 15 tonnes de nourriture !) sur les 48 000 récoltés (becs, lentilles oculaires et tentacules de calmar, os de poisson, etc.). Ces restes appartiennent à 18 espèces différentes, dont 10 n’ayant jamais été constatées comme faisant partie du régime alimentaire du cachalot en Méditerranée.

Cependant, trois espèces de céphalopodes représentent l’immense majorité des proies consommées, dont une prédominante : le calmar à ombrelle (Histioteuthis bonnellii). Curieusement, ces espèces sont peu calorifiques et de taille plutôt modeste, la proie la plus grosse ne dépassant pas 50 cm (hors tentacules) pour 6 kg. De quoi faire un sacré stock de beignets de calamar pour nous, mais pour un cachalot de 5 à 10 mètres de long, on est plus sur de la petite friture.

Ainsi, il semblerait que dans le bassin oriental de la Méditerranée, les cachalots privilégient des proies petites et peu calorifiques mais abondantes et faciles à attraper. Les amateurs de combats titanesques épiques entre grand cachalot et calamar géant au cœur des abîmes resteront sur leur faim (haha…).

Le cachalot de Méditerranée préfère tenir que courir. Pour les chercheurs, cette stratégie est logique pour un animal qui chasse en apnée entre 500 et 1 000 mètres de profondeur et qui doit donc optimiser ses réserves d’oxygène.

Côté bonne nouvelle, aucune des espèces de calmar identifiées dans cette étude n’est visée par la pêche commerciale. La surpêche est donc une pression qui ne menace pas le cachalot dans cette région de la Méditerranée. Cela est d’autant plus important que ses principales proies sont aussi prisées par d’autres prédateurs comme le thon germon, le requin peau-bleue, le dauphin de Risso ou encore la baleine à bec de Cuvier. Ces espèces de calmar semblent donc jouer un rôle pivot dans l’écosystème des grands fonds.

Côté mauvaise nouvelle, et on s’y attendait un peu, 5 estomacs sur 9 contenaient des méga- et macro-plastiques. Dans l’un d’eux, près d’une centaine de débris ont été retrouvés et pourraient avoir causés la mort par occlusion intestinale.

Bien que les informations tirées de contenus stomacaux d’animaux échoués soient toujours à prendre avec précaution (on peut avoir affaire à des individus malades ou faibles, donc non représentatifs de la population saine), les résultats de cette étude sont très intéressants et permettent d’apporter un éclairage nouveau sur le régime et la stratégie alimentaires des cachalots de Méditerranée.

Isolée géographiquement et génétiquement des individus de l’Atlantique, la population méditerranéenne n’est estimée qu’à quelques centaines d’individus. Menacée par les collisions avec les navires, les pollutions acoustique et plastique notamment, elle est classée comme « Menacée ». Mieux comprendre de quoi ces individus se nourrissent est une étape essentielle vers leur conservation. Cela aide quand on doit fouiller dans des restes d’estomac de cachalot…

Jérôme Couvat - 09 mai 2020

Source : Foskolos, I., Koutouzi, N., Polychronidis, L., Alexiadou, P., & Frantzis, A. (2020). A taste for squid: the diet of sperm whales stranded in Greece, Eastern Mediterranean. Deep Sea Research Part I: Oceanographic Research Papers, 155, 103164.

Article en anglais (pdf) : http://www.pelagosinstitute.gr/en/pelagos/pdfs/Foskolos%20et%20al.%202020.pdf

Légende de l’image : Contenu stomacal d’un cachalot échoué en Crête incluant des restes musculo-squelettiques (en haut à droite), des lentilles oculaires (en bas à droite) et des becs (en bas à gauche) de calmar ainsi qu’un grand sac en plastique.

L'univers de ceux qui naviguent en haute mer, c'est la nature dans sa forme primordiale, celle-là même de l'origine du monde.Le jour, c'est le soleil, le ciel, le vent, les nuages. La nuit, c'est l'immense dôme des étoiles et la lune vagabonde.

Pour tracer sa route dans ce paysage cerclé d'un horizon sans repères, ce sont les astres qui deviennent les amis du navigateur, comme les étoiles qui permirent aux anciens Maoris, sur leurs grandes pirogues à balanciers, de découvrir les îles du Pacifique, ainsi qu'à Pythéas, le Grec parti de Marseille, de découvrir la Norvège.

De nos jours, faire le point, c'est déterminer la position du bateau sur la mer, en latitude et en longitude avec des instruments, sextant et chronomètre, devenus de plus en plus simples et précis. Pour le navigateur, c'est l'intense sensation d'être en communion avec l'univers, de discuter tous les jours avec le soleil et la nuit d'être capable d'appeler les planètes et les étoiles par leur nom.

sextant

Mais, me direz vous, pourquoi prendre la peine, le dos calé au mat d'artimon sur un pont qui bouge, de passer du temps à la Méridienne alors que des milliers de satellites qui tournent autour de la terre donnent instantanément à mon smartphone le point GPS ?

Alors, je vous invite par une nuit sans lune, à faire un point d'étoile, puis à descendre à la table à carte, confortablement installés sous la lampe pour calculer et tracer les droites de hauteur que nous auront donné Arcturus, Altaïr et Deneb.

Toutefois, en allant dormir dans votre bannette si vous avez quelque inquiétude vous pourrez toujours avoir recours à votre smartphone pour vérifier le point...

Jacques Landron - 05 mai 2020

L’urbanisation impacte négativement de nombreuses espèces. Le goéland argenté (Larus argentatus) semble lui s'épanouir en milieu urbain où ses interactions avec l’Homme sont croissantes. Comment la présence humaine influence-t-elle le comportement alimentaire de ces goélands urbains ?

Goelands

Une étude menée à l’Université d’Exeter (Angleterre) a cherché à savoir si les goélands étaient plus attirés par les objets lorsqu'ils avaient préalablement été manipulés par un humain. Pour cela les scientifiques ont présenté à des goélands en liberté deux objets alimentaires identiques (des blueberry flapjacks, pour les amoureux de la cuisine britannique) dont l'un a été manipulé. Résultat ? 79% des goélands picoraient de préférence l'objet alimentaire manipulé. 

Ces résultats suggèrent que les goélands urbains montrent généralement de faibles niveaux de néophobie (peur de manger quelque chose de nouveau), mais qu'ils utilisent la manipulation humaine comme un indice supplémentaire dans le contexte d’une recherche de nourriture. Ces comportements peuvent contribuer à expliquer le succès des goélands en milieu urbain.

Bien que l’échantillon de 38 goélands argentés soit trop petit pour en tirer des conclusions définitives, l’hypothèse poursuivie par l’équipe de biologistes ayant mené cette étude, s’inscrit dans une tendance récente sur les échanges inter-espèces: plusieurs animaux ont en effet été observés, dans la nature, en train d’ajuster leurs comportements en fonction des comportements des individus d’une autre espèce.

Et vous, comment faites vous pour choisir au restaurant ?

Laura Raimondeau - 04 mai 2020

Source : Madeleine Goumas et al.  (2020) Urban herring gulls use human behavioural cues to locate food. R. Soc. open sci.7191959. http://doi.org/10.1098/rsos.191959

 

C’est une question qui nous revient souvent de la part du grand public : « Y a-t-il des requins en Méditerranée ? ». Non contents de vous apprendre que vous pouvez croiser des baleines à quelques encablures de la côte (même hors période de confinement !), nous sommes également ravis de vous informer qu’une cinquantaine d’espèces de requins vivent en Méditerranée. Et bizarrement, la réaction n’est pas la même… Pour le deuxième effet Kiss Cool (les moins de 20 ans iront trouver la référence par eux-mêmes), bien que la majorité de ces espèces ne dépassent pas 1,50 mètre, certaines peuvent mesurer plus de 4 mètres, comme le requin pèlerin, le requin renard, mais aussi le requin marteau ou le requin blanc.

1956 10 13 001
A Sète en 1956.


Oui, il y a raison de s’inquiéter. Mais pas pour les raisons auxquelles vous pensez. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), qui publie les fameuses Listes Rouges d’espèces menacées, a indiqué en 2016 dans une mise à jour des statuts des raies et requins de Méditerranée que la situation de ces espèces ne s’est pas améliorée depuis 10 ans, et qu’elle est probablement la pire dans le monde. La Mer Méditerranée serait donc la mer la plus dangereuse du globe… pour les requins !

C’est précisément ce que vient illustrer l’étude de Stefano Moro et de ses collègues, publiée fin 2019 dans la revue Fish & Fisheries. Ils ont compilé toutes les données d’observation de requins blancs en Méditerranée, qu’elles soient scientifiques ou opportunistes, dans l’objectif d’identifier une tendance dans l’évolution de la population sur 156 ans (1860-2016). Ils ont également mesuré l’augmentation de la population littorale humaine sur la même période afin de prendre en compte cet élément (plus il y a de monde, plus il y a de chances de voir un animal). On y apprend au passage que la population côtière en Méditerranée a été multiplié par 6 depuis 1860 (184 millions d’habitants en 2016), avec de très grandes disparités : elle n’a fait que doubler en Corse quand elle a été multipliée par 320 dans la mer de Marmara !

Mais revenons à nos requins. D’après les modèles créés par les chercheurs, la population de requins blancs, après une phase d’augmentation, aurait chuté de 61 % entre 1975 et 2016. Dans certaines régions comme la mer de Marmara ou l’Adriatique, l’effondrement dépasse les 90 % !

Les auteurs ont également tenté de mettre en lumière l’évolution de la répartition de l’espèce dans le bassin méditerranéen. Ils ont ainsi remarqué que l’abondance de requins blancs avait fortement diminué dans les zones périphériques (les zones côtières) mais fortement augmenté dans les zones centrales. Se pourrait-il que les requins fuient les zones les plus influencées par l’Homme ? lls ne seraient pas les premiers…

Ces données sont bien sûr à prendre avec précaution car beaucoup d’incertitudes y sont associées. Cependant, nos connaissances sur les requins en Méditerranée, et en particulier sur les grandes espèces, sont tellement maigres qu’il est important de disposer de ce genre d’information pour tenter de faire bouger les lignes.

Requins et dauphins, de par leur position de super-prédateur, ont un rôle essentiel dans la bonne santé de nos écosystèmes méditerranéens dont dépendent des millions de gens pour se nourrir et pour vivre. Ils font face aux mêmes menaces. Nous avons autant besoin de l’un que de l’autre. Mettons la même conviction dans la protection de l’un comme de l’autre. Pour que nous continuions à répondre « oui » à votre question. Et pour que la réponse vous fasse plaisir.

Jérôme Couvat - 22 avril 2020

Réf : Moro, S., Jona‐Lasinio, G., Block, B., Micheli, F., De Leo, G., Serena, F., ... & Ferretti, F. (2020). Abundance and distribution of the white shark in the Mediterranean Sea. Fish and Fisheries, 21(2), 338-349.

Lien vers l’article (pdf en anglais) : https://www.researchgate.net/profile/Francesco_Ferretti4/publication/338210467_Abundance_and_distribution_of_the_white_shark_in_the_Mediterranean_Sea/links/5e80ff0a92851caef4ac9671/Abundance-and-distribution-of-the-white-shark-in-the-Mediterranean-Sea.pdf

Is it alien to you ? Share it !”

Ce projet lancé en 2016 par iSea a pour objectif principal d'améliorer les connaissances sur la distribution et l'expansion des espèces invasives en Grèce et dans toute la mer Méditerranée. Le projet consiste en une plateforme de données en ligne, dans laquelle les citoyens peuvent facilement télécharger des photographies ainsi que des informations sur la taille du spécimen, profondeur d'observation, type de substrat, nombre d'échantillons, emplacement exact (coordonnées), la date et le type d'observation. Une équipe d'experts taxonomiques identifie ensuite l'espèce au niveau taxonomique le plus bas possible et valide l'observation avant le téléchargement d'un enregistrement dans la base de données du projet.

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C'est ainsi que le disque portugais (Chaetodipterus faber) a fait son apparition en novembre dernier dans la base de données. Ce poisson est fréquemment rencontré dans les eaux allant du Massachusetts au sud du Brésil. Cette répartition comprend également les côtes mexicaines et les Bermudes. Habitué aux eaux de l'Atlantique ouest, il a pourtant fait sa première apparition en Grêce. Mais que faisait-il à plus de 9000km de son habitat d'origine ? 

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Très populaire en aquariophilie ornementale, il semble avoir été relaché d'un aquarium amateur. En effet, aucun autre individu de son espèce n'a été signalé en Méditerranée ou dans les pays limitrophes du Détroit de Gibraltar, la piste d'un relâché sauvage a donc été retenu. 

L'histoire de Chatodipteurus n'est pas un cas isolé, depuis l'an 2000, 27 espèces ont été reconnues comme ayant été introduites par des aquariophiles.

En 2014, un règlement européen (n°1143/2014) sur la prévention et la gestion de l'introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes a donc été édité et s'applique aujourd'hui à tous les pays de l'UE. En France, une personne introduisant une espèce considérée comme invasive risque jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende.

Pensez-y avant de remettre Bubulle dans son environnement (pas si) naturel.

Source :Giovos I, Tiralongo F, Langeneck J, Kaminas A, Kleitou P, Crocetta F, Doumpas N (2020) First record of the Atlantic spadefish Chaetodipterus

faber (Broussonet, 1782) in the Mediterranean Sea: is it a new aquarium release? BioInvasions Records Vol.9

Laura Raimondeau – 20 avril 2020

 
(extrait de mon journal de bord 1967)

Bernard Moitessier Photo JL


Hier soir, nous avons mouillé à Port-Cros dans l'anse de Port-Man. Ce matin, à l'aube, je sors de la soute à voiles, où je dors sur le plancher en compagnie de 2 équipiers, et me trouve nez à nez avec Bernard qui, après son bain matinal, remonte à bord par la sous-barbe.

Il me demande de mettre la prame à l'eau et nous partons tous deux sans bruit vers un autre joshua à coque beige qu'il a repéré dans le mouillage. Nous tournons tout autour en silence, examinant avec intérêt le cockpit arrière et le gréement.

A notre retour, l'équipage est debout et Françoise distribue le café. Le mouillage est remonté rapidement et nous hissons les voiles. En route vers Saint-Tropez.

Nous voici maintenant encalminés travers Pampelonne, après un bon grain qui nous a fait réduire la voilure. Bernard préfère attendre le vent plutôt qu'avoir recours au petit baudoin de 7CV qui ne sert qu'en cas d'urgence. C'est alors que vient vers nous, plein moteur, le joshua du matin pour nous proposer la remorque, et dont les équipiers nous mitraillent avec leurs « Kodaks ».

Après le refus de Bernard et le retour de la brise, ce sera la prise de quai à la voile au feu rouge de la jetée de Saint-Tropez sous le regard des curieux.

C'était une belle journée.

A quai à St Tropez (photo Sand)Joshua ST Trop photo Sand

 

Jacques Landron – 17 avril 2020

 

coucherSoleil

Que l’on soit « à la cape » à se laisser dériver ou en navigation, une nuit au large sur Alcyon est toujours un moment particulier. Une fois les lumières éteintes et les équipiers lovés dans leur sac de couchage (sauf ceux de quart évidemment !), on découvre, allongé sur sa couchette, un environnement sonore nouveau qu’il faut apprivoiser. Le sifflement du vent dans les haubans, le grincement de la bôme de grand-voile, le clapot des vagues sur l’étrave… Tous ces bruits que l’activité de la journée relaie au second plan prennent de nouveau leurs aises à la faveur de l’obscurité, jusqu’au petit pot de moutarde en verre mal rangé qui vient cogner contre le bord de l’étagère au rythme des vagues. Car si l’équipage se repose, le bateau, lui, continue d’avancer, de travailler. De vivre.

Petit à petit, cette cacophonie confuse et brouillonne s’organise et s’accorde au rythme du léger tangage qui vient bercer délicieusement les corps fatigués par les heures d’observation sous le soleil et les manœuvres à la voile. Etendu sur sa couchette, on se laisse aller à ce balancement régulier pour lentement faire corps avec le bateau. Chaque bruit prend sa place pour former une unité, une harmonie, plongeant l’équipier dans un sommeil mérité. Parfois, les occupants des couchettes Avant pourront entendre les sifflements des dauphins venus nager à l’étrave. Juste là, de l’autre côté de la coque en aluminium, les animaux escortent pour un moment le bateau avant de replonger vers les profondeurs.

Pour ceux restés sur le pont, le quart de nuit sous un ciel dégagé et sans lune offre le spectacle époustouflant d’une voûte céleste pure et éclatante que seuls les habitants du désert doivent connaître. Si ce n’était pour les nombreux satellites qui zèbrent ce tableau stellaire de leur trajectoire rectiligne infinie, on se sentirait transportés aux origines du monde, à découvrir ce ciel à travers les yeux de ces hommes qui, les premiers, ont levé le regard pour chercher au milieu de ces lueurs scintillantes des réponses à leurs questionnements les plus profonds. On finit par ne plus savoir si on navigue sur l’eau, ou dans l’espace. Les deux peut-être.

L’équipier à l’esprit vagabond peut être tiré parfois de ses pensées par le souffle d’une baleine faisant surface à proximité. Lorsque les nuits sont silencieuses et le bateau immobile, on peut ainsi entendre l’expiration puissante et l’inspiration caverneuse de ces géants qui s’approchent puis repartent sans pouvoir les observer. Une autre fois, ce seront les petits souffles brefs et secs d’un groupe de dauphins qui attireront l’attention. Si les conditions sont réunies, ces torpilles traceront des sillages fluorescents éphémères dans l’étendue noire insondable de la mer.

Les mots sont toujours insuffisants pour décrire des émotions, des sensations. Pour les ressentir pleinement, il faut les vivre. Une nuit en mer sur Alcyon, c’est toujours une histoire à raconter.

Jérôme Couvat - 16 avril 2020

Septembre 2018 - Large d'Ajaccio

Depuis une semaine l'équipage d'Alcyon sillonne les eaux corses dans le cadre des missions d'observation des mammifères marins dans le sanctuaire Pélagos.

Deuxième semaine de mission, des souffles aperçus au loin, mais pas la moindre dorsale. Aujourd'hui la mer est d'huile, l'horizon est dégagé. Aujourd'hui, les rorquals nous attendent. L'équipage impatient est donc sur le pont depuis le lever du jour. 

Quelques heures après le départ nous apercevons une tâche à l'horizon, l'identification est difficile. Nous abandonnons vite l'idée d'un cétacé. La tâche ne bouge pas depuis plusieurs dizaines de minutes.

Loeil de la bête

La chose apparaît être orangée, l'inquiétude nous gagne à l'idée de trouver un radeau de survie. Nous décidons donc d'approcher. Le doute est rapidement dissipé, la forme n'est pas celle d'un radeau. Une masse informe flotte à présent à quelques centaines de mètres de nous. Nous distinguons... un oeil. Un calamar géant ! Yann, le chef de bord, contacte le CROSS pour leur indiquer notre découverte. L'équipage est euphorique, un calamar, c'est aussi magique qu'inespéré. Nous décidons donc de passer à proximité de la bête pour réaliser des clichés qui mériteront à Alcyon de faire la une des journaux !

Photo dillustration pour Fb

Désenchantement lorsque nous réalisons que notre créature des profondeurs est en réalité une carcasse de rorqual en décomposition, et cet oeil, une nageoire pectorale. Tout penauds, nous rappelons le CROSS qui doit bien rire. Nous ne ferons pas la une cette fois, mais nous aurons quand même gagné une histoire à raconter. Des rorquals, en pleine forme cette fois, viendront nous consoler peu de temps après.

Morale de l'histoire: en mer, l'imagination est débordante, alors vérifiez vos observations avant de crier au calamar géant.

Laura Raimondeau - 14 avril 2020

Identification d'une Terra incognita... dans le cycle de vie des poissons hawaïens.

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La majorité des poissons suivent un cycle de vie en deux phases. Ils passent les premiers jours ou semaines de leur vie sous forme de larves au large avant de regagner la côte lorsqu'ils sont capables de nager activement (juvéniles). Si la deuxième phase de leur vie est bien connu et maîtrisée, on en savait très peu sur la distribution des larves et les processus océaniques qui régissent leur survie. Or de la survie des larves dépendent les pêcheries de demain...
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On sait aujourd'hui que les larves de poissons se cachent en surface (prof. <1m) dans ce que les scientifiques appellent les "sea surface slicks". Ces couches de surfaces situées à moins de 30km des côtes sont composées de matières organiques formant des lieux de développement propices aux jeunes larves qui y trouvent une grande concentration de phyto et zooplancton. Le hic ? Cette terra incognita se révèle être également une zone d'accumulation des microplastiques qui pourront être ingérés par les larves. En effet, ces zones lisses se forment dans des zones peu perturbés par les vents ou dans les lignes de convergence des courants, on y retrouve alors une concentration en plastique 126 fois supérieur à la moyenne océanique. On estime d'ailleurs que 91 % des plastiques de surfaces sont dans ces sliks. 

Une mauvaise nouvelle pour les bébés poissons hawaïens et pour les autres ?

- Gove, J.M., Whitney, J.L., McManus, M.A., Lecky, J., Carvalho, F.C., Lynch, J.M., Li, J., Neubauer, P., Smith, K.A., Phipps, J.E., et al. (Nov. 2019). Prey-size plastics are invading larval fish nurseries. Proc. Natl. Acad. Sci. USA 116, 24143–24149.

Laura Raimondeau. 10 avril 2020

Si les grands vertébrés marins (dauphins, baleines, tortues, oiseaux notamment) sont souvent le centre de l’attention lorsqu’on parle de pollution plastique, des communautés marines moins médiatisées mais toutes aussi importantes sont également touchées. Cela est une nouvelle fois confirmé par la publication en janvier dernier de chercheurs italiens qui se sont intéressés à l’impact des microplastiques (taille inférieure à 5 mm) sur l’alimentation du madrépore orange (Astroides calycularis).

Ce corail dur de couleur orange, typique des fonds rocheux, peut former des colonies denses approchant parfois les 3000 colonies/m2. On le trouve principalement dans les 15 premiers mètres de profondeur. Son aire de répartition est limitée et fragmentée entre le sud de l’Italie et le détroit de Gibraltar, en passant par les pays du Maghreb et Malte.

Le madrépore orange est un organisme filtreur, qui se nourrit de particules organiques en suspension. Les biologistes ont donc tenté d’identifier la présence et l’ampleur d’un impact des microplastiques sur l’alimentation et la digestion du corail.

Lors d’expérience en aquarium, ils ont mis en contact différentes colonies de madrépore orange avec de la nourriture (des crevettes de 1 à 6 mm), des fragments de polyéthylène (polymère plastique le plus commun dans les océans), ou les deux en même temps.

Leurs expériences montrent que les coraux manipulent et ingèrent bien des particules de plastique lorsqu’ils y sont confrontés, à un taux cependant nettement moins important que lorsqu’ils sont en contact avec de la nourriture uniquement. Cela indique que ces animaux sont capables de sélectionner leur nourriture, par un procédé que l’on ignore. Pourtant, cela ne les empêche pas d’ingérer des particules plastiques.

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Manipulation et ingestion d’une particule de microplastique par une colonie de madrépore orange (© Savinelli et al., 2020)

Cependant, lorsque les madrépores sont en contact avec des microplastiques et de la nourriture en même temps, le taux d’ingestion de microplastique double (probablement stimulé par la présence de nourriture) alors que le taux d’ingestion de nourriture diminue d’un quart. Le corail passe parfois plus de 90 minutes à manipuler, ingérer puis expulser des particules de microplastique. Ces animaux gaspillent donc du temps et de l’énergie qui pourraient (et devraient) être alloués à l’alimentation. A long terme, cela pourrait avoir un impact sur la santé des colonies.

En effet, ces résultats viennent confirmer des études similaires concernant d’autres espèces de corail où l’ingestion de microplastiques entraîne une détérioration de l’appareil digestif, une nécrose des tissus, voire un blanchiment (mort). Un transfert de polluants du microplastique vers les coraux est également possible. Cela constituerait une nouvelle porte d’entrée de ces contaminants persistants dans la chaîne alimentaire, remontant les échelons jusqu’au plus grand prédateur des milieux marins, l’Homme. Retour à l’envoyeur.

Source : Savinelli, B., Fernández, T. V., Galasso, N. M., D'Anna, G., Pipitone, C., Prada, F., Zenone, A., Badalamenti, F. & Musco, L. (2020). Microplastics impair the feeding performance of a Mediterranean habitat-forming coral. Marine Environmental Research, 155, 104887.

Pdf : http://www.marinesciencegroup.org/wp-content/uploads/2020/02/Savinelli-et-al.-2020.pdf

Jérôme Couvat / 08 avril 2020



Cette question plus personne ne semble se la poser. L'histoire de la tortue (un peu simple ?) qui confond méduse et sac plastique avant de s'étouffer ne date pas d'hier.  Les tortues sont-elles seulement les victimes de la malchance et de leur mauvaise vue ? 

Dans un article publié en mars dernier dans Current Biology, des chercheurs avancent une nouvelle hypothèse : les tortues ingèrent le plastique, car elles sont attirées par son odeur !

Le plastique sent-il bon ? Pas vraiment. En réalité, ce n'est pas l'odeur du plastique en tant que tel qui attire les tortues, c'est la couche de biofouling qui y est associée. En effet, au fil de son séjour dans l'eau la surface du plastique se recouvre de multiples organismes marins comme le font les coques des bateaux. 

Balanes, polypes de méduses, bactéries trouvent un support adéquat à leur développement. C'est l'odeur de cette concentration d'organismes qui provoque chez la tortue un comportement de chasse, comportement qui n'est pas retrouvé lorsque l'animal est en présence d'un plastique neuf. 

Or un plastique ne reste pas propre longtemps dans l'océan, très vite, il sera colonisé par des organismes et rejoindra un continent de plastique où il se dégradera pendant plus de 450 ans. Ces continents constituent ainsi de véritables pièges olfactifs. La formidable habileté des tortues marines à utiliser leur odorat pour chercher leur nourriture, fruit d'une longue évolution, est aujourd'hui en train de se retourner contre elles.

Article : Pfaller, Joseph & Goforth, Kayla & Gil, Michael & Savoca, Matthew & Lohmann, Kenneth. (2020). Odors from marine plastic debris elicit foraging behavior in sea turtles. Current Biology. 30. R213-R214. 10.1016/j.cub.2020.01.071. 

Crédit dessin : Jo Earlam

Laura Raimondeau / 6 avril 2020

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Nous sommes en 1999. Alcyon sillonne déjà la Méditerranée depuis 7 ans pour protéger les mammifères marins. Nous sommes à la fin de la belle époque des rorquals curieux qui venaient observer les quelques bateaux des passionnés de cétologie.

Pour pouvoir filmer les cétacés sans les perturber, mon ami Jean-Philippe, naturaliste et explorateur de l'Amazonie, réalise une « bulle » sous-marine enfermant une caméra mobile téléguidée qu'il installe sous l'étrave d'Alcyon.

C'est lors des essais de ce matériel innovant par latitude 42°40' Nord qu'un rorqual de grande taille vient à plusieurs reprises à notre rencontre. Rorqual très identifiable à sa dorsale en forme de crosse d'évêque, l'équipage la baptisera « La Crochue ». Nous pensons qu'il s'agit d'une femelle rorqual compte tenu de ses dimensions importantes.

Parmi les centaines de rorquals observés depuis plus de 20 ans, je n'ai jamais revu cette amie d'Alcyon.

Mais, en visionnant les photos d'identification de cétacés prises lors des missions de notre campagne 2017 alors que Yann était le Chef de bord, une surprise ! Est-ce bien La Crochue ou quelque membre de sa famille ?

Amis navigateurs, lorsque les beaux jours nous reviendront, si vous la rencontrez dans le sanctuaire Pelagos ou ailleurs, merci de signaler sa position gps à Participe Futur avec photo de sa dorsale si possible. Bon vent à toutes et tous.

Jacques Landron - le 4 avril 2020

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La Crochue  

Les origines du voilier Alcyon

En 1979, la coque en aluminium AG4MC d'Alcyon, dessinée par Didier Presles, fut construite à Aix-Les-Bains (Savoie) dans l'atelier de constructions métalliques de Charles Fumagalli qui m'apporta son aide généreuse et sans limite.

En 1980, la coque terminée avec son lest de plomb de 6 tonnes fut transportée sous un hangar de l'aérodrome de Challes-Les-Eaux (Savoie) dans lequel j'avais rassemblé les machines outils et les matériaux nécessaires à la suite des travaux.

Durant deux années, aidé par des amies et amis et les copains de mon club de vol à voile, j'ai poursuivi la construction y compris celle des mâts et des espars en lamellé-collé ainsi que la motorisation.

Dans le même temps, les voiles, dont certaines propulsent encore Alcyon, étaient façonnées au Havre par le célèbre Maître voilier Marc Philippe.

Les travaux terminés, Alcyon et ses mâts étaient transportés par la route pour Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches du Rhône).

La mise à l'eau a eu lieu le 28 juin 1982 à 11 heures par la grue géante de « Fostrans » dans le bassin des Tellines, celle-ci nous permit de réaliser le matage et le gréement fixe, avant la première navigation vers Port Pin Rolland (Saint Mandrier (Var)).

A l'origine, le pont était en teck construit soigneusement durant 6 mois et couvrant le pont aluminium. Treize années plus tard, suite au « divorce » des deux matériaux, j'ai dû déposer le teck – l'allègement de 1300 kilos améliora sérieusement les performances du voilier.

Avant d'entreprendre la construction, avec Didier Presles, nous avons beaucoup travaillé sur le dessin de la carène selon les principes de Colin Archer (célèbre architecte de bateaux norvégiens). Pour moi, la quille longue s'imposait quant à la destination du voilier qui était l'école de croisières hauturières. Les voiliers avec lesquels j'avais navigué auparavant et qui m'avaient séduit, comme Simbad, Leshis ou Lordjim étaient des « quilles longues » bien adaptées à la haute mer, tout comme Joshua sur lequel j'ai navigué avec Bernard Moitessier en 1967.

Alcyon est donc le fruit d'une longue expérience personnelle et, depuis 38 ans, il a largement répondu à mon attente et à celle de Participe Futur.

(Jacques Landron. 26 mars 2020)

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Cétacés de Méditérranée, une typologie

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Rorquals communs, cachalots, globicéphales
Quelles carcatéristiques, comment les repérer sur l'eau ?
Notre typologie...

Observations et Protocoles scientifiques

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Participe Futur travaille sur la problématique des "macro-déchets" en mer et réalise des opérations de photo-identification des cétacés.

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