PARTICIPE FUTUR S'ENGAGE POUR LA CONSERVATION MARINE A TRAVERS LA RECHERCHE, L'EDUCATION ET LA SENSIBILISATION

Le 21 janvier dernier, un pêcheur turc s’est retrouvé entouré par un groupe de pseudorques (ou fausses orques) alors qu’il remontait sa ligne dans le nord de la mer Egée. Celui-ci a alors eu 2 bons réflexes : le premier, de filmer les animaux sans les déranger (bon dans ce cas précis, les pseudorques étaient attirées par les calmars utilisés comme appâts sur les lignes et donc peu farouches) et le deuxième, de contacter les scientifiques locaux dès son retour.

Il s’agit de la première observation d’un groupe de pseudorques (Pseudorca crassidens pour les intimes) en Méditerranée depuis 28 ans ! En outre, il s’agit de l’observation la plus septentrionale en mer Egée).

pseudorque 

Il n’existe pas de population de pseudorque dans le bassin méditerranéen. On suppose que les individus observés proviennent soit de l’Atlantique, soit (et c’est probablement le cas pour cette observation) de la Mer Rouge. Voici donc des individus lessespsiens, c’est-à-dire qu’ils ont traversé le canal de Suez (dessiné par Ferdinand de Lesseps), une des voies navigables les empruntées au monde !

Les espèces invasives et envahissantes sont l’une des principales menaces qui pèsent sur la biodiversité mondiale. En Méditerranée, le réchauffement régulier de l’eau favorise depuis plusieurs décennies la colonisation par des espèces lessepsiennes invasives, voire envahissantes, au détriment des espèces locales. Il est très peu probable que cela soit le cas pour les pseudorques. Pour autant, il est impossible de savoir si ce groupe n’est là que de manière temporaire ou s’il a décidé d’élire domicile en Méditerranée.

Pourquoi est-il important de signaler ses observations ?

Pêcheurs, plaisanciers, marins, plongeurs, civils ou militaires, il y a quantité de gens qui passent beaucoup plus de temps en mer que les scientifiques. Toutes les informations qui peuvent être transmises participent à une meilleure connaissance des individus et des populations, connaissances qui sont très superficielles pour des espèces discrètes et difficilement observables comme les grands vertébrés marins. Les sciences participatives permettent aujourd’hui à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice de la connaissance et de la préservation. Les applis et les programmes de signalement de biodiversité sont légions.

Pourquoi les images sont-elles importantes ?

De nature, le scientifique est déscartien (oui j’ai dû vérifier sur internet que cet adjectif existait bien) : il doute, ce qui lui permet d’être. Il lui faut des preuves pour qu’il puisse certifier une information, a fortiori lorsque celle-ci sort de l’ordinaire et qu’elle provient d’une personne dont les compétences naturalistes ne sont pas solides. Dans le cas présent, la pseudorque partage de nombreuses similitudes anatomiques avec une autre espèce qui, elle, réside en Méditerranée. Non, je ne vous dirai pas laquelle, mais allez jeter un œil à notre typologie en haut de cette page après avoir vu la vidéo (lien en fin d’article), et vous trouverez vite. La véracité de l’information peut être mise en doute, car l’erreur est humaine et peut être commise en toute bonne-foi (même les plus grands naturalistes se trompent).

D’ailleurs, les cétacés de Méditerranée ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de tendre des pièges aux observateurs novices : le dauphin commun n’est pas commun, le grand dauphin est le plus le connu, mais pas le plus commun, puisqu’il s’agit du dauphin bleu et blanc. Le cachalot à une bosse, mais n’est pas une baleine à bosse, et la baleine à bec de Cuvier n’est pas une baleine. Quant au marsouin, il est présent en Atlantique, en mer Noire, mais pas en Méditerranée ! Ainsi, les images sont souvent indispensables pour confirmer une identification d’espèce.

Maintenant que vous avez cette idée bien en tête, je sors les panneaux « Attention Danger », les gyrophares rouges à rendre un phasme épileptique et les sirènes (pas celles d’Ulysse, les autres). Si prendre des images peut être utile, il est très très très très (je pourrais continuer longtemps mais j’ai un nombre de mots limités pour cet article) fortement déconseillé d’approcher volontairement les animaux et de risquer de les déranger pour prendre des photos, des selfies ou des vidéos (votre compte Insta s’en passera), même avec la meilleure des intentions.

Sachez que dans les eaux sous juridiction française, toute perturbation intentionnelle des cétacés est punie par la loi. En cas de rencontre magique avec ces animaux, nous vous exhortons donc à suivre le Code de Bonne Conduite du Sanctuaire Pelagos (lien en fin d’article). Le moment n’en sera que plus beau, croyez-nous sur parole !

Jérôme Couvat - 23 mai 2020

Source : Dede, A., et al. (2020). "First sighting of false killer whales (Pseudorca crassidens) in the northern Aegean Sea." Journal of the Black Sea/Mediterranean Environment 26(1): 106-111.

Lien vers l’article (pdf en anglais et en turc) : http://blackmeditjournal.org/wp-content/uploads/8-20201_106-111.pdf

Lien vers la vidéo : https://youtu.be/hsiptMseBvg

Lien vers le Code de Bonne Conduite du Sanctuaire Pelagos : https://www.sanctuaire-pelagos.org/fr/sensibilisation/code-de-bonne-conduite

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